Le gouvernement provincial du Sud-Kivu met en doute l’annonce du retrait de l’AFC-M23 et de l’armée rwandaise d’Uvira. Il évoque une stratégie de dissimulation et alerte sur des manœuvres militaires visant à encercler la ville.
Le prétendu retrait de l’armée rwandaise (RDF) et de ses supplétifs de l’AFC-M23 de la ville d’Uvira est qualifié de « mise en scène » par le gouvernement provincial du Sud-Kivu. Dans un communiqué officiel signé à Baraka, dans le territoire de Fizi, l’exécutif provincial affirme que cette annonce relève davantage d’une stratégie de manipulation que d’un réel désengagement militaire.
Selon le porte-parole du gouvernement provincial, Luganywa Bashizi Didier, les images largement relayées sur les réseaux sociaux pour illustrer ce retrait montrent des véhicules militaires presque vides, sans preuve tangible d’un repli effectif des troupes. Il souligne que la communication autour de cette opération demeure volontairement floue, notamment sur les zones de repli exactes.
« Les rebelles n’ont jamais précisé jusqu’où ils devaient se retirer. Un retrait crédible devrait être supervisé afin de s’assurer qu’ils ont effectivement rejoint leurs positions initiales, notamment Kamanyola », a-t-il indiqué.
D’après les informations recueillies par les autorités provinciales, plusieurs unités de l’armée rwandaise se seraient plutôt redéployées vers des zones stratégiques, notamment Minembwe, afin d’opérer une jonction avec d’autres groupes armés. Cette manœuvre viserait, selon le gouvernement provincial, à renforcer un dispositif d’encerclement de la ville d’Uvira.
Le communiqué fait également état de mouvements de troupes observés dans la nuit, passant par les collines de Kashekebwe et la route Mwami, en direction des moyens et hauts plateaux d’Uvira. Ces éléments armés auraient pour objectif de rejoindre des groupes alliés opérant à Minembwe, dans le territoire de Fizi. Par ailleurs, des unités lourdement armées seraient toujours positionnées à une dizaine de kilomètres d’Uvira, sans intention apparente de se retirer.
Le gouvernement provincial accuse également les forces de l’AFC-M23 et de la RDF de s’être arrêtées à la cité de Kiliba, à environ 12 kilomètres d’Uvira, avec pour objectif présumé de démonter les installations de la Sucrerie du Kivu et d’en emporter les équipements vers le Rwanda.
Autre élément jugé préoccupant par les autorités : l’apparition, ce 18 décembre 2025, de nouveaux individus en tenues civiles au sein de la ville d’Uvira. Pour l’exécutif provincial, cette situation renforce la thèse selon laquelle des combattants auraient simplement retiré leurs uniformes pour se fondre dans la population, en attendant une nouvelle offensive.
Pour le gouvernement dirigé par Jean-Jacques Purusi, l’annonce du retrait vise essentiellement à réduire la pression militaire et diplomatique, tout en endormant l’opinion publique nationale et internationale. Il dénonce des manipulations médiatiques destinées à masquer des intentions militaires ciblant des infrastructures économiques stratégiques de la province.
Face à cette situation, le gouvernement du Sud-Kivu appelle la communauté internationale, notamment les Nations Unies et l’Union européenne, à condamner fermement les actions imputées au Rwanda et à renforcer les mécanismes de protection des populations civiles. Il plaide également pour une intensification de l’assistance humanitaire en faveur des déplacés congolais, en particulier ceux regroupés dans des sites de transit au Burundi.
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