Le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, a exprimé ses vives préoccupations face à l’évolution de la situation politique au sommet de l’État en République démocratique du Congo. Dans une déclaration rendue publique ce lundi 23 mars 2026, le médecin et militant des droits humains revient notamment sur les démissions successives de Vital Kamerhe et de Modeste Bahati Lukwebo, qu’il considère comme révélatrices de dysfonctionnements institutionnels.
Selon lui, bien que la démission constitue un acte normal dans une démocratie, les circonstances entourant ces départs soulèvent de sérieuses interrogations quant au fonctionnement des institutions congolaises. Denis Mukwege estime que ces décisions pourraient être liées à des divergences autour d’un éventuel projet de modification de la Constitution, soutenu, d’après lui, par certains cercles proches du pouvoir.
Un déséquilibre entre les institutions
Le lauréat du Prix Nobel pointe un déséquilibre croissant entre les pouvoirs, notamment entre l’exécutif et le législatif. Il dénonce ce qu’il qualifie d’« inversion des rôles », rappelant que les parlementaires ont pour mission de contrôler l’action du gouvernement et du chef de l’État.
Dans ce contexte, il affirme que les élus exprimant des positions divergentes seraient exposés à des sanctions politiques, ce qui, selon lui, fragilise les fondements démocratiques du pays.
Une atteinte à la dignité des fonctions politiques
Denis Mukwege critique également certaines pratiques observées après ces démissions, notamment les démarches visant à solliciter une grâce présidentielle. Il y voit une « humiliation publique » et un affaiblissement de la dignité attachée aux fonctions politiques.
S’adressant directement aux députés et sénateurs, il les exhorte à défendre leur mandat avec responsabilité et à rester fidèles à la volonté du peuple. S’appuyant sur des références culturelles et historiques, notamment la figure de Patrice Lumumba, il appelle à faire preuve de courage face aux pressions politiques.
Silence politique et intérêts personnels
Le médecin congolais estime par ailleurs que de nombreux responsables politiques partagent en privé les critiques adressées au pouvoir, sans toutefois oser les exprimer publiquement, par crainte de perdre leurs privilèges. Il dénonce ainsi un climat de conformisme politique dicté par des intérêts personnels.
Dans la même logique, il invite le président de la République à ne pas céder à l’influence de certains acteurs qu’il qualifie de « tambourinaires », accusés d’orienter les décisions au détriment de l’intérêt général.
Un appel à la vigilance citoyenne
Au-delà de la classe politique, Denis Mukwege lance un appel à la vigilance de la population congolaise. Il encourage particulièrement la jeunesse à s’engager dans la défense des valeurs démocratiques, de la liberté et de la dignité nationale.
Dans un contexte qu’il juge préoccupant, le Prix Nobel insiste sur la nécessité d’un sursaut collectif pour préserver les acquis démocratiques et garantir un fonctionnement équilibré des institutions.
Rédaction
